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Les mots nouveaux du gloubi-bougla

Les mots nouveaux du gloubi-bougla

Le gloubi-boulga est un gâteau réputé immangeable (certains estomacs ne tolèrent pas le mélange confiture de fraises et chocolat râpé, associé à une saucisse de Toulouse crue nappée de moutarde forte) qu’affectionnait le dinosaure Casimir dans l’émission télévisée L’île aux enfants.

Je vois de plus en plus ce mot utilisé dans les médias, pour désigner la langue de bois de nos hommes politiques ou les efforts mal inspirés de ceux qui veulent montrer qu’ils maitrisent les mots à la mode. À la fois rigolo et flou, gloubi-boulga me paraît l’étiquette qui convient pour englober les trouvailles que la langue française nous offre chaque année.

Jouer avec les mots nouveaux, inattendus, imagés, un peu canailles souvent, est un plaisir bien français, et les dictionnaires ne s’y trompent pas, qui présentent au printemps leurs nouvelles collections.

Le Petit Larousse illustré a lancé en mai sa « collection 2020 » : 150 mots et une centaine d’expressions font leur entrée dans ce dictionnaire. Un rendez-vous gourmand, qui coïncide avec l’arrivée des asperges sur les marchés, en attendant la saison des coquilles Saint-Jacques.

On découvre ainsi qu’il est désormais admis d’utiliser le mot « diésélisation », quand il s’agit d’équiper un véhicule d’un moteur diesel. « Locavorisme » est encore plus laid, bien qu’il vise une pratique sympathique et recommandable : consommer des produits locaux. Les « antispécistes » ont désormais droit de cité, eux qui combattent l’exploitation animale, mais ne savent plus faire la différence entre un humain et un poulet.

« Divulgâcher », qui nous vient du Québec, est plus amusant. Dans le sens de divulguer prématurément l’élément clé d’une intrigue, il remplace le verbe « spoiler », qui vient de l’anglais.

« Adulescence » est un autre mot-valise. Il vise les personnes ayant un comportement adolescent jusque trés tard dans leur âge adulte. Sous ses airs bénins, je trouve que ce mot recouvre une réalité sociologique assez triste. On croise de plus en plus souvent de ces êtres « hors sol », fille ou garçon, qui ont poussé dans l’atmosphère artificielle des jeux vidéo, du téléphone portable, des diplômes bradés qui font que n’importe quel quidam peut se vanter de détenir plusieurs masters sans avoir fait d’études solides. Ils n’ont à peu près pas d’expérience de la réalité ordinaire, celle qui contraint et limite et qui ne peut être surmontée qu’au prix d’efforts pénibles. L’adulescent peut être charmant, mais son entourage et sa famille le maintiennent dans sa bulle de peur qu’il ne se brise.

Avec « slasheur », on ne cherche plus à construire un mot français pour éviter l’anglicisme, on francise le mot « slash », qui désigne la barre oblique que l’on trouve sur les claviers de nos ordinateurs. Une personne qui poursuit en parallèle plusieurs activités professionnelles pourra être acteur/(slash)/traducteur/auteur. Un intermittent du revenu, en quelque sorte.

Passons sur les antipathiques « suprémacistes » et « fachospère », comme sur le sombre « darknet », ces témoins des côtés obscurs de notre époque.

Je ne vois pas venir dans cette édition 2020 de ces gouleyantes trouvailles du langage familier, qui sont pourtant souvent pleines d’humour et d’ironie, voire passablement effrontées. Dans des « collections » plus anciennes de mots nouveaux – en 2016 et 2017 – j’avais découvert « mémériser », pour donner à quelqu’un une allure de « mémère » ; « zénifiant », pour calmant ; « glamouriser » ou « rétropédaler », qui se comprennent sans peine. Il y avait aussi l’expression « avoir le melon », pour être prétentieux, ce que l’on appelait naguère « avoir la grosse tête » ; ou bien « tendu come un string », pour quelqu’un qui est extrêmement nerveux, ou « à cran », si vous préférez. Mais mon expression favorite, dans la cuvée 2017, a été « maquillée comme un camion », ce qui désigne une femme lourdement fardée. On pense à ces poids lourds surchargés de chromes ou bien à un véhicule maquillé par des voleurs jusqu’à être méconnaissable, afin de mieux pouvoir lui faire quitter la France incognito.

Des années avec et des années sans

Que reste-t-il de cette écume des mots au bout de quelques années ? Pas grand-chose. Les modes passent aussi rapidement qu’elles viennent. L’expression qui était tellement tendance en 2020 sera peut-être oubliée en 2023. Les années pauvres aux mots vite fanés succèdent à des années dont les trouvailles sont à la fois plus prolifiques et plus durables. Le dictionnaire Le Robert recensait en 2018 les mots qui avaient fait leur entrée dans le dictionnaire 40 ans avant, en 1968. Il les présentait ainsi (les mots apparus en 1968 sont en bleu) :

 « Le ras-le-bol du métro-boulot-dodo, la conscientisation politique de la jeunesse, son aversion pour le facho, le faf, s’exprimèrent, faisant fi de la télésurveillance. Le hasch, la marie-jeanne, le speed, pour s’éclater, quel pied, mais gare à̀ l’overdose ! Pas de culpabilisation en cas de déviance, c’est anxiogène, pensaient les junkies, les marginaux, les lève-tard. La majorité́ silencieuse, les nouveaux pauvres payés au SMIC s’en remirent aux partenaires sociaux et aux décideurs, cadres performants issus de formations élitistes. Les juillettistes, pressés de déconnecter, se réjouirent de partir pour un safari-photo, non sans craindre un acte de piraterie aérienne. Tandis que les Shadocks pompaient, quel futurologue aurait pu prédire le turbotrain, le transpondeur, la téléinformatique ? »

Quid des emprunts à l’anglais, qui me semblent se multiplier plus que jamais, phénomène aggravé depuis l’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron, imprégné du lexique managérial des start-ups?

Bernard Cerquiglini, qui a comptabilisé au CNRS pendant 50 ans les anglicismes du journal Le Monde, affirme dans Le Point que le nombre des anglicismes n’a pas augmenté́. Ils ont simplement évolué́, certains disparaissant pour laisser la place à̀ d’autres. Il cite d’ailleurs une phrase de Proust, dans À la recherche du temps perdu : « Swann était très smart ce soir-là̀ dans sa dinner-jacket » … D’un siècle à l’autre l’anglomanie contamine les meilleures plumes.

Quand le français du Monde dérape

Quand le français du Monde dérape

J’ai appris il y a bien longtemps mon métier de journaliste au journal Le Monde, avec des maîtres au style impeccable, comme Alain Clément notamment. Chez les correcteurs, des amis comme Jean-Pierre Collignon réparaient avec générosité mes erreurs grammaticales ou syntaxiques. Aujourd’hui encore le journal peut compter sur une solide équipe de relecteurs, aussi savants que malicieux, comme le prouve leur blogue Langue sauce piquante.

Mais la mise en ligne des articles du journal sur le site Le Monde en direct est moins rigoureuse. Si on lit ce fil de nouvelles tôt le matin, on y découvre des maladresses ou des erreurs, souvent corrigées plus tard dans la journée.

Les quelques exemples ci-dessous sont empruntés à ce que j’appellerais « Le Monde mal réveillé ». Il s’agit de saisir l’occasion de donner des exemples de ce qu’il faudrait éviter. J’ai d’ailleurs inclus ci-dessous une citation de notre mirobolant président Macron, dont le français paraît parfois incertain quand il s’exprime spontanément. Le mauvais exemple vient de haut

Quand les Ricains débloquent

Dans un article consacré à l’affrontement entre Républicains et Démocates autour du shutdown, on peut lire ceci :

« Les efforts des élus démocrates de bloquer l’accord »… Les uns et les autres auraient pu faire l’effort de se comprendre. Mais l’effort des élus démocrates pour bloquer l’accord a échoué. On dira « Faites l’effort de m’écouter »,décrivant ainsi une situation de fait. Mais on dira « Vous pourriez faire un effort pour apprendre », ce qui marque bien l’intention d’une action qui n’est pas encore réalisée. Ce qui est le cas ici.

Le français du Président

« C’est une bonne chose pour un aspect, ça donne de la stabilité à ceux qui l’ont »… La pensée complexe du Président quant à l’utilité du Franc CFA ne transparait pas dans cette réponse que l’on croirait traduite de l’anglais (Ce n’est pas le cas semble-t-il). M. Macron semble vouloir dire qu’un des aspects positifs du franc CFA est de donner une forme de stabilité économique aux pays qui l’utilisent. L’introduction de « pour un aspect » dans cette phrase embrouille tout. Plus on la lit, moins elle fait sens.

Le chapeau à deux bonjours

Dans la province dont je suis originaire, le Bourbonnais, les femmes portaient autrefois, pour les grandes occasions, un chapeau relevé en pointe devant et derrière, d’où l’expression « chapeau à deux bonjours».

On a ici une phrase « à deux bonjours », qui commence par « Il a ensuite déclaré », pour se terminer par « reconnaît-il ». Le second verbe ne sert à rien, sinon à souligner le manque d’attention du rédacteur. Ce type d’erreur est assez fréquent dans les textes professionnels.

Encore un p’tit gorgeon de jargon ?

« Allons enfants revendique un tropisme certain pour la démocratie positive », a écrit le journaliste, avant, espérons-le, d’être envoyé aux galères pour délit de jargon caractérisé.

La littérature a emprunté le mot tropisme à la physiologie végétale. On parle d’héliotropisme au sujet d’une plante qui s’oriente vers la lumière. Si j’en crois le Larousse, certains écrivains ont décidé que le mot tropisme désignait cette force obscure qui pousse un individu ou un groupe à prendre telle ou telle orientation. Avec eux le mot est devenu vague et ne tient plus que par sa prétention à se faire passer pour savant. Comment peut-on revendiquer un tropisme ? C’est un peu comme si quelqu’un disait : « Je revendique le tropisme qui me pousse à me désaltérer quand j’ai soif ».

Fallait-il de plus ajouter « certain » à ce galimatias? D’ailleurs, de quel « certain » s’agit-il ici ? Certain, au sens de convaincu? Ou bien est-ce un certain quelque peu incertain, comme dans l’expression « un certain regard »?

Et puis, qu’est-ce qu’une « démocratie positive » ? Mes professeurs en Droit Constitutionnel considéraient tous que la démocratie est par essence positive. C’était au siècle dernier. Les jargonneux ont inventé dernièrement le concept de « démocratie illibérale », si bien que la possibilité d’une démocratie négative n’est plus à exclure. Peut-être va-t-il falloir préciser à l’avenir la polarité que l’on donne au mot démocratie chaque fois qu’on l’emploie. Je crois que le parti Allons enfants, comme les lecteurs du journal, n’en demandaient pas tant.

Le commentaire avant l’information

D’accord, avec cet exemple je triche. Il ne concerne pas la grammaire ou le style, mais la qualité d’une communication. Après tout, c’est bien notre sujet.

Dans un article informatif, dont le premier objectif est d’apporter au lecteur une nouvelle, la bonne pratique journalistique voudrait que l’information et le commentaire soient nettement séparés. Cette règle est généralement respectée dans la presse quotidienne américaine (Lisez les articles du Wall Street Journal à propos de la France, le « French bashing » ne commence jamais dans les premiers paragraphes ;-). En France c’est beaucoup moins le cas.

Mais avec cet article va plus loin. L’auteur commente et « éditorialise » dès la première ligne. Il a la vanité — un peu risible de la part d’un journaliste — de se mettre à la place du gouvernement, et il donne son opinion au lecteur, lequel s’en contrefiche. L’information qui justifie l’existence de l’article n’est même pas encore donnée qu’elle est déjà interprétée, comme si l’interprétation était plus importante que la nouvelle.

Du bon usage des poncifs, clichés, et autres banalités du style

Du bon usage des poncifs, clichés, et autres banalités du style

* L’auteur qui abuse des formules toutes faites devient transparent aux yeux du lecteur

Écrire du Président Macron qu’il a une personnalité « clivante » est devenu un poncif* en quelques mois. Écrire que tel ou tel personnage politique fait le maximum pour pouvoir se lancer dans la prochaine campagne électorale « en pole position » est une image empruntée au vocabulaire de la course automobile qui est devenue banale. L’idée qu’une personne ou une entreprise devrait « changer son logiciel » — sous-entendu sa façon de penser — est une formule qui a pu avoir pendant quelque temps l’attrait de la nouveauté, donnant à celui qui l’employait cet air de modernité que l’on prête aux gens qui côtoient l’informatique. Cet emploi du mot « logiciel » est devenu un lieu commun. Comme tous les effets de mode il pourrait bientôt lasser, et ceux qui continueront à l’employer apparaitront alors plutôt « demeurés » qu’en avance sur leur temps.

Le Français connaît une quinzaine de synonymes au mot poncif (de topique à vieille lune, en passant par truisme), ce qui suggère que la matière première ne manque pas.

De fait nous recourrons souvent à des formules passe-partout, quand nous parlons, mais aussi quand nous écrivons. Mais le lecteur est bien plus exigeant que l’auditeur. Il repère le style et le manque de style. Le banal lui donne une impression de « déjà vu » et l’ennuie. De l’ennui il passe facilement au jugement : « il écrit comme n’importe qui » voire, « il écrit comme un pied ».

Abuser des poncifs et autres banalités présente donc un risque évident. On les emploie sans y penser, le lecteur les lit sans avoir à réfléchir parce qu’il les connaît par cœur. L’auteur et le lecteur entrent alors dans un échange paresseux de pensées molles et de propos convenus. On n’avance pas. Si vous vouliez marquer l’esprit de votre lecteur par la force et l’originalité de votre propos, c’est raté. Les clichés banalisent un texte et vous banalise aux yeux du lecteur.

Attention cependant. J’ai expliqué dans un article précédent à quel point la communication se trouvait facilitée si votre lecteur pouvait retrouver dans vos propos, dans votre vocabulaire, quelque chose qu’il connaissait déjà. Parce qu’à partir de là il pourrait faire un peu de chemin vers vous, vers ce que vous tentez de lui dire et qui ne faisait pas partie jusque-là de son bagage mental.

De ce point de vue, l’emploi de lieux commun dans un texte peut avoir plusieurs avantages. Ils sécurisent le lecteur dans la mesure où il retrouve dans le texte des balises qu’il reconnaît. Ainsi mis en confiance il sera plus à même d’accepter le message de l’auteur. Vous pouvez utiliser des clichés comme on saute de pierre en pierre pour traverser un ruisseau. Beaucoup de poncifs sont des métaphores, des mots-images qui parlent à l’imagination du lecteur er retiennent son attention. Mais éviter de forcer la dose.

Lors d’une formation donnée à un groupe de traductrices, l’une d’elle m’a fait réaliser l’importance qu’un lieu commun pouvait avoir dans le métier de traducteur. Certaines formules, parfaitement valides dans la langue d’origine, sont inutilisables si elles sont traduites littéralement. C’est là que le traducteur va chercher dans le français une expression équivalente à celle qu’il doit traduire de l’Anglais ou de toute autre langue. C’est le domaine du colloquial, cet ensemble d’expressions familières à chaque langue, qui sont plus ou moins équivalentes par leur sens, mais recourent souvent à des images très différentes d’une langue à l’autre. Les traducteurs ont donc droit à une dispense particulière pour l’emploi des expressions mille fois répétées du langage ordinaire.

Ci-dessous, les premières lettres de ce qui pourrait devenir un abécédaire des lieux communs. Vous le complèterez à votre guise. Les rassembler ainsi permet de voir à quel point les textes les plus courants regorgent de formules toutes faites qui, généralement, appauvrissent le style.

Dernière remarque : de nombreuses formules ont une origine très ancienne et ne sont peut-être pas ou mal comprises par de jeunes lecteurs. Elles proviennent d’une France où le cheval était omniprésent dans la vie quotidienne et où les romans de cape et d’épée tenaient lieu de télévision. Évitez donc « blanchi sous le harnais », « À cheval donné on ne regarde pas les dents », et laissez l’expression « déterrer la hache de guerre » aux romans de Fenimore Cooper.

Abécédaire des lieux communs (1)

A — A fait l’effet d’une bombe — À l’aube du troisième millénaire — À l’école de l’adversité — À la croisée des chemins — À visage humain — Abonné au succès — Arbre qui cache la forêt.

B — Ballon d’oxygène — Baromètre de l’économie — Bête noire de — Blanc manteau de neige — Bout du tunnel — Brûler les étapes.

C — Cercle très fermé — Cerise sur le gâteau — Chiffon de papier — Clignotants de l’économie — Cocktail explosif — Colosse aux pieds d’argile — Concert des nations — Coup de pied dans la fourmilière.

D — Dans la langue de Molière — Dans le collimateur de la Justice — Dernière ligne droite — Dérouler le tapis rouge — Dialogue de sourds — Dossiers brûlants — Dr Jekyll et Mr Hyde.

E — Écrire noir sur blanc — Élever à la hauteur d’un art — Éminence grise — Enfourcher son cheval de bataille — Entrer dans la légende — Épée de Damoclès — Épreuve de vérité — Escalade de la violence.

F — Faire couler beaucoup d’encre, machine arrière, pencher la balance, sauter les verrous, toute la lumière — Fées penchées sur son berceau — Feux de la rampe — Figure de proue — Fin programmée.

G — Garant des institutions — Garder un œil sur l’avenir — Géant des mers — Globalement positif — Grande dame du cinéma — Gravé dans le marbre — Gravir les plus hautes marches du podium.

H — Hache de guerre enterrée/déterrée — Haut lieu du sport — Havre de paix — Homme providentiel — Hors des sentiers battus — Hurler avec les loups.

* Le mot poncif trouve son origine dans le travail des académies de peinture dans la seconde moitié du XVIIIème et durant tout le XIXème. L’esquisse ou le modèle dessiné piqué de trous sur ses lignes principales est destiné à être reporté sur un support (celui de l’œuvre à exécuter). On passe sur le modèle un sachet — nommé ponce — rempli d’une poudre. Cette poudre, en passant par les trous, reproduisait en pointillé les contours du dessin. Dans ces académies, les étudiants étaient voués à la répétition d’éléments picturaux qu’appréciaient la clientèle (le glacis, le velouté des fleurs, le rendu des chairs) et de scènes convenues (Vierges à l’enfant, Vénus, nature mortes et bouquets de fleurs dans la peinture flamande). Ainsi leur donnait-on beaucoup de métier mais peu d’idées.

Vendre en un coup d’ascenseur

Vendre en un coup d’ascenseur

* Comment vendre votre idée à quelqu’un dans le temps que dure un trajet en ascenseur.

Début de journée. Vous attendez au rez-de-chaussée, devant les portes des ascenseurs. Une porte s’ouvre, vous entrez : une autre personne se trouve déjà dans la cabine : le patron (on reconnaît les gens importants à ce qu’ils peuvent garer leur voiture dans le stationnement qui est au sous-sol). Vous savez que son bureau se trouve au 16ème étage. En « un coup d’ascenseur », soit quelques minutes, vous pourriez lui « vendre » le projet qui vous tient à cœur.

Le coup d’ascenseur est ma traduction libre du fameux elevator pitch, un outil qui alimente les cours de management depuis une trentaine d’années. Son but est de vous aider à réussir une présentation orale, mais il peut être transposé pratiquement sans changement à la présentation écrite d’un projet ou d’une idée. À notre époque frénétique et quelque peu distraite, les exigences d’accessibilité, de facilité de compréhension, sont devenues aussi fortes pour un texte que pour un exposé oral.

Suivez les quelques conseils ci-dessous et vous aurez plus de lecteurs, sans parler de vos trajets en ascenseurs, qui pourraient devenir intéressants.

Le premier avantage de la métaphore de l’ascenseur est de nous rappeler que nous devons aller à l’essentiel, en éliminant tout élément superflu. Vous connaissez la réflexion attribuée à Winston Churchill : « Nous n’avons qu’une seule fois la possibilité de faire une première bonne impression ». Une personne très occupée, même si elle est à priori bienveillante, tolère difficilement qu’on lui fasse perdre son temps.

Ce qui nous oblige à bien réfléchir à ce que nous allons dire ou écrire. Dans un texte court, chaque phrase, chaque mot même, est un enjeu important. Un texte d’un feuillet demande autant de préparation qu’un texte de quinze pages.

Notez ce qu’il faut faire et ne pas faire

Le plus simple est de noter à la main sur un papier les conditions gagnantes d’une bonne communication. Au lieu de penser : « Mais je sais déjà tout ça »,souvenez-vous de la dernière fois où vous aviez oublié l’une ou plusieurs d’entre elles dans l’un de vos textes. Voici les principales :

– Récapitulez ce que vous savez de votre lecteur/auditeur. Même si cela se résume à peu de choses, cela vous évitera des erreurs ou, au contraire, vous indiquera ce qu’il faut mettre en avant dans votre argumentation.

– Évitez d’utiliser le jargon de votre métier ou de votre spécialité. Vous avez la chance de pouvoir vous adresser à un décideur ; ce n’est ni un ingénieur ni un technicien.

– Restez dans la vue d’ensemble : éliminez les détails inutiles.

– Mais soyez concret : mettez en avant les avantages pratiques, les gains matériels ou psychologiques du service que vous proposez.

– Évitez les termes abstraits, sauf s’ils font partie du vocabulaire du lecteur (Un investisseur aimera qu’on lui parle de « retour sur investissement », de même que « intérêts composés » sonne comme une formule magique aux oreilles d’un épargnant qui souhaite faire fructifier son capital). Employez des verbes d’action. Glisser dans le texte des mots-images qui créent une association d’idées positive chez le lecteur, comme « chaleur et bien-être » par exemple. En poussant le bouchon un peu plus loin, vous pourriez utiliser l’expression « minceur tonique » : même si ces deux mots n’ont pas de rapport direct, ils fascinent les personnes qui cherchent à maigrir et celles qui vendent des cures d’amaigrissement.

– Restez clair, concis et aussi léger que possible. Éliminez les périphrases, les adverbes, les « chevilles » (comme : Par conséquent, dans ces conditions, il est nécessaire de souligner que…). Tout ce qui « plombe » votre texte risque de le précipiter dans le gouffre sombre de la non-lecture.

Commencer par faire un dessin

– Dessinez le schéma de votre argumentation sur une feuille de papier.

Cela vous oblige à écrire très court et donc à trouver les mots essentiels

Les flèches qui vont d’un élément à l’autre vont vous faire prendre conscience de l’ordre dans lequel vous devez présenter vos arguments. En commençant à écrire, vous connaissiez les points que vous voulez mettre en avant. Mais c’est en les voyant sur le papier — ou le paper board — que vous allez peut-être réaliser que votre première approche ne « fonctionne » pas et qu’il vaut mieux modifier l’ordre de présentation.

– Résumez votre idée ou projet en une courte phrase. Pensez Twitter et 140 signes ; si vous ne pouvez pas formuler votre idée en 140 signes, posez le crayon et réfléchissez encore un peu. Placez ce message dans un cercle en haut du schéma.

– Inscrivez les 3 avantages principaux de votre projet. Notre mémoire courte retient facilement 3 idées, mais si la liste est plus longue, elle oublie certains éléments, et vous ne savez pas lesquels. Si cela se produit, vous venez de perdre le peu de contrôle sur l’efficacité de votre message que vous pouviez avoir.

– Tracez une flèche qui part de l’idée principale vers chacun des 3 « bénéfices » qui caractérisent votre projet. Regardez bien votre schéma : vous commencez à concevoir dans quel ordre vous devriez exposer les différents points.

  • Renforcez chacun de vos 3 arguments. Sous chacun d’eux inscrivez un cas vécu, un exemple qui peut servir de référence, une statistique. Vous n’êtes pas obligé d’utiliser les 3 pour chaque argument. Veillez à ne pas être lourd. Variez autant que possible la manière dont vous renforcez chacun de vos trois arguments.

N’oubliez pas

Le client n’achète pas un four mais le moyen de cuire une tarte. Concentrez-vous sur le service rendu au lecteur/auditeur, sur la réponse à son besoin plus que sur les caractéristiques techniques de la solution que vous proposez.

Décrivez le problème de son point de vue à lui, parlez son langage plus que le vôtre.

N’en faites pas trop : votre texte n’est pas un contrat de vente, que le lecteur va vous renvoyer signé et accompagné d’un chèque. C’est une prise de contact, une porte ouverte. S’il souhaite en savoir davantage, vous avez atteint votre objectif.

Répétez-vous dans votre phrase de conclusion. Dans une présentation verbale, c’est indispensable : la répétition est essentielle à la mémorisation. « Il est bon de répéter les belles choses » disait Platon. À l’écrit il est aussi utile de reprendre l’argument donné au début du texte. Cela confirme la validité de la présentation qui précède.